ABDL, une branche éloignée du BDSM où la souffrance n'est absolument pas de mise. Une branche plus psychologique que récréative où les amateurs font preuve d'une grande ouverture d'esprit. Pour vous, une interview fort plaisante à lire et qui vous fera voyager dans le monde de François, un amateur d'ABDL qui nous livre une partie de sa plus profonde intimité...

Pourriez-vous nous donner votre propre définition de l'ABDL ?

Pour vous donner ma définition, courte, par essence, de l'ABDL, au-delà de sa signification littéraire : Adult Baby Diaper Lover, je parlerai d'un abandon de soi, d'une immersion sensorielle dans un état régressif de dépendance à l'état de bébé. Cet exécutoire, que je pourrais aussi appeler échappatoire, me plonge dans un océan de tendresse, de douceur et de câlins. Il est accompagné d'accessoires qui ont jalonné cet attrait depuis de très nombreuses années, déjà bien avant d'arriver dans ma vie d'adultes et ses préoccupations, ses responsabilités, parfois lourdes, qui sont les nôtres, chaque jour, à toutes et tous. A titre personnel, je me considère comme Adult Baby que Diaper Lover, en ce sens que c'est l'univers régressif qui me plait, et non simplement l'objet de la couche culotte en tant que tel.

Pourriez-vous expliquer ou mettre des mots sur l'origine de votre attrait pour l'ABDL ?

Il existe de nombreuses explications à cet attrait, à mon avis. Il ne serait pertinent ni pour vous lectrices, lecteurs, ni pour moi, rédacteur, de trop m’éparpiller sur d’hasardeux sentiers psychanalytiques. Néanmoins, j’en ai identifié certaines qui me paraissent intéressantes à vous présenter. Mon attrait pour l’ABDL est présent depuis mon plus jeune âge, aussi loin que mes souvenirs remontent. Aussi, je pense pouvoir dire que la naissance de ma petite (et unique) sœur alors que j’approchais de mes 3 ans a éveillé chez moi une jalousie excessive. Non, je ne serais plus le bébé au centre de toutes les attentions. Non, je n’aurais plus mes parents pour moi tout seul. Et non, je ne voulais surtout pas lui laisser cette place en or. On m’a raconté ces réactions une fois que j’avais grandi, même si je crois avoir de très vagues souvenirs de cette période que j’ai semblé vivre douloureusement. A titre de réactions de petit garçon jaloux, je pourrais vous citer mes demandes répétées auprès de ma mère de jeter ma sœur dans les toilettes pour la faire disparaître (shame on me, nous avons maintenant de bonnes relations, avec ma mère ET ma sœur), le fait de faire semblant de ne pas savoir faire certaines choses de mon âge pour qu’on s’occupe de moi (je feignais auprès de ma nounou de ne pas savoir monter ou descendre seul un escalier afin qu’elle me porte), le fait d’envier la place que les bébés, gardés en même temps que moi, avaient entre les bonnes mains enveloppantes et protectrices de notre nourrice, alors que je devais être en fin d’école maternelle ou début d’école primaire. Je revois ici précisément mon attrait aussi présent qu’inexpliqué pour cet objet qu’est la couche, peut-être l’accessoire le plus caractéristique de la dépendance du jeune enfant à l’adulte. Ces envies de régression, cette recherche du paradis perdu de la petite enfance, que jamais je ne retrouverai pour de vrai, ne m’ont ensuite jamais quitté. J’ai entretenu la satisfaction de mes attentes en matière d’ABDL, plus tard, au fil du temps, à travers différentes situations. Trop jeune pour faire moi-même des achats, j’ai cherché assez tôt, peut-être dès 8 ans, à retrouver la sensation de l’épaisseur d’une couche entre mes jambes. Aussi, j’ai, à un certain nombre de reprises, la nuit, porté un slip de bain, rembourré de slips et chaussettes pris dans ma commode, recréant ainsi l’épaisseur et la protection que j’avais connues des années avant. Cette sensation m’apportait réconfort et apaisement. J’ai aussi le souvenir d’avoir réutilisé au garage, alors que j’étais seul, et encore de corpulence légère, la poussette qui nous avait promenés ma sœur et moi alors que nous étions petits. Le fait, seul, de retrouver cette place dans l’assise et de m’attacher avec cette ceinture 3 points, passant entre les jambes et sur les côtés, me procurait aussi un certain sentiment de détente. Plus tard, autour de la préadolescence, j’utilisais, quand les circonstances le permettaient, un vieux biberon trônant encore dans un placard de la cuisine, dont ma mère se servait de temps en temps comme verre doseur.

Au risque de paraitre un petit peu long, je crois aussi important de parler de la construction personnelle qui a été la mienne. Enfant, si j’ai grandi dans un environnement offrant tout le confort matériel dont j’avais besoin, entant entendu que je n’ai jamais été pourri gâté, j’ai souffert d’un cruel manque de confiance et d’estime de moi. Cela pour plusieurs raisons. J’ai toujours été un grand rêveur, dans la lune, d’une gentillesse à la limite de la naïveté, pourrais-je dire avec le recul, mais assez incompatible avec le moule rigide de l’école. Aussi, mes résultats scolaires assez minables ont été la source de perpétuels points d’achoppement dans mes relations avec mes parents qui avaient, eux, excellé en leur temps. Un autre point essentiel à mes yeux est celui d’un problème de cheveu sur la langue qui m’a accompagné un trop long moment durant ma jeunesse, et je vous laisse imaginer le regard porté par une cour de récréation sur un défaut aussi risible à l’âge où l’immaturité caractérise les esprits.

Au terme de longues années d’analyses personnelles, d’introspection, de réflexions, je crois que ce passé a participé à mon envie, et sûrement, mon besoin, d’échapper à cette réalité qui me pesait, et me donnait une et une seule envie. Retrouver l’innocence, l’insouciance, de ma plus tendre enfance.       

Qu'est-ce qui vous plaît dans cette pratique ?

J’apprécie de manière générale le jeu, la mise en scène, sortir du personnage responsable, sérieux, posé, que je suis au quotidien, dans mon travail et mes relations aux autres. Etant de nature plutôt stressée, anxieuse, à me poser 1001 questions existentielles, en permanence, auxquelles personne n’a la réponse, et que je ne solutionnerai moi-même jamais, cette pratique est une sorte de retour à un état de relaxation, d’abandon de moi, de détente. Il y a donc un effet de compensation face à un quotidien stressant, difficile, qui exige d’être sans cesse à la hauteur des attentes placées en moi, quelles qu’elles soient. Je suis une personne extrêmement ouverte d’esprit, j’aime analyser, comprendre, et je considère que l’humain est la chose la plus précieuse qui soit. L’humain, dans sa complexité, dans ses failles, dans ses forces, dans ce qu’il a besoin de recevoir, et tout ce qu’il a à offrir. L’ABDL est pour moi un formidable outil d’introspection en ce sens qu’il nous replonge dans notre passé, au commencement de notre existence, au stade que nous avons connu de plus pur. L’ABDL, même pratiqué seul, c’est, par exemple, me retrouver au dodo sous la couette, protégé d’une couche bien épaisse et protectrice à l’entrejambe, buvant un bon biberon de lait chaud, ou de jus de fruits, la douceur d’un bavoir autour de mon cou et sur mon torse, les douces notes d’une comptine emplissant la chaleur de ce nid douillet, accompagné de la tendresse d’un doudou à qui je peux tout dire. Ce qui est assez amusant, au passage, est que petit, j’ai très tôt eu à l’esprit la nécessité de grandir, devenir mature, peut-être était-ce ce besoin de coller aux attentes que je percevais qu’on plaçait en moi. Je n’ai jamais eu de tétine, ni sucé mon pouce, ni eu de doudou… A contrario, j’ai longtemps aimé jouer aux LEGO, aux PLAYMOBIL, qui répondaient certainement à mes envies de rêves et d’évasion… Aujourd’hui, adulte, j’ai certainement besoin de rattraper cette insouciance de l’enfance dont je me suis un petit peu trop privé. Une autre situation parlante très simple quand je suis au lit, peut être tout simplement de caler une épaisseur de couette au niveau de mon entrejambe, reproduisant alors le volume de la couche qui a été présente au même emplacement les toutes premières années de ma vie.

Dans la pratique à deux, l’intérêt réside dans le partage, la découverte des envies de l’autre, à condition d’avoir défini préalablement les envies et limites de chacun. Je me considère davantage comme bébé que daddy, aussi, j’apprécie l’alliance de la douceur reçue et de l’autorité d’une nurse « éducatrice ». Je pourrais ici parler, dans l’âge que j’affectionne, environ 1 an et demie - 2 ans, des moments poutous-chatouilles, des petits jeux bébés où elle peut me dire « jacques a dit bébé touche le ventre (ou autre partie du corps) » pour m’apprendre de petits mots simples, ou alors « elle est de quelle couleur la robe de nounou ? » pour apprendre les couleurs, etc… Inévitablement, cet apprentissage s’avère laborieux, ce qui donne lieu à des moments de rire avec la nounou au cours de moments de jeux.  

A titre amateur et dans ma vie de grand, je prends depuis quelques années des cours de théâtre, une formidable revanche sur mon enfance timide et très renfermée à cause notamment de mon cheveu sur la langue, et c’est un épanouissement que je n’aurais jamais pensé possible. L’ABDL a pour moi une place de choix dans ce plaisir à jouer des rôles, travestir le quotidien, pénétrer de nouveaux univers et émotions insoupçonnées.        

Il y a aussi une dimension honte/humiliation qui me parle beaucoup dans ces pratiques, comme celle qui a consisté, alors que j’étais adolescent, à faire exprès de me faire pipi dessus, alors que, assis aux toilettes, j’oubliais volontairement de baisser mon slip pour ressentir pleinement la sensation d’un accident plus vrai que nature, l’urine restant prisonnière du tissu du sous-vêtement, et au contact de ma peau. Ne me restait plus qu’à laver maladroitement ce bout de tissu, dans un lavabo rempli d’eau savonneuse, à l’abri des regards.

Dans une séance, qu'attendez-vous de votre partenaire ?

Il est absolument indispensable d’établir un vrai rapport de confiance et complice. Même s’il est par définition impossible de recréer le lien unique unissant un bébé à l’adulte qui s’occupe de lui, pratiquer l’ABDL dans ce qu’il a de plus épanouissant pour les protagonistes, nécessite de l’écoute, de l’intérêt pour l’autre. Au cours d’une séance, je trouve bien de définir les grandes lignes et pratiques souhaitées, et appréciées, de deux partenaires. Je suis extrêmement attentif au fait que chacun doit y trouver son compte et son plaisir. J’aime les séances teintées de beaucoup de douceur, d’affection, même si ma nounou peut parfois faire les gros yeux pour me faire obéir. Je reste toutefois un petit assez obéissant. Les limites sont souvent assez semblables d’une personne à l’autre. Faire pipi dans la couche est quelque chose d’assez classique, pour la grosse commission c’est tout à fait autre chose et je ne suis moi-même pas fan. Les commentaires adorablement infantilisants, gentiment moqueurs, ont toute leur place quand la nounou me change, ou quand je tente vainement de reproduire un de ses dessins, très maladroitement, et de la main gauche (en tant que droitier c’est toujours plus « bébé »), ou encore quand elle me donne une compote ou purée et m’en barbouille le tour de la bouche. 

L'investissement dans les accessoires pour adultes est-il important ou nécessaire selon vous ?

De ce que j’ai pu m’analyser du haut de mes 30 et quelques années, je suis une personne très cérébrale, sensible, émotive, et les simples accessoires matériels ne me suffisent pas à entrer pleinement dans l’univers ABDL. Il faut une vraie connexion cérébrale avec ma partenaire de jeux. Ceci dit, je vais vous expliquer comment j’ai évolué sur la question des accessoires. Je vous indiquais précédemment ce que j’avais mis à profit étant enfant pour satisfaire mes envies ABDL. Un peu plus tard, adolescent, alors que je pouvais enfin faire seul mes premiers achats, j’ai le souvenir de m’être acheté des tétines, un biberon, à la pharmacie de notre village, que je cachais maladroitement dans un tiroir de ma table de nuit, et des couches pour bébés, à l’épicerie du coin, que j’avais mises dans un tiroir sous le matelas de mon lit. Bien sûr, ces couches étaient totalement inadaptées à ma morphologie, mais à l’époque, le simple fait de sentir ce contact ouaté contre ma peau me comblait. Je retrouvais enfin la sensation de protection et de douceur qui m’avait tant manquée, devant toutefois maintenir ces couches à l’aide d’un slip. Je les portais la nuit, les mouillais parfois, puis les stockais dans un sac poubelle caché dans ma chambre. Avec le recul, je porte un regard admiratif sur l’adolescent que j’étais, prêt à échafauder moult solutions logistiques pour retrouver autant que faire se peut ces sensations douloureusement tombées dans l’oubli. J’ai même été jusqu’à voler seul un bavoir dans un supermarché, arrachant tant bien que mal l’étiquette, prenant alors des risques inconsidérés, alors que ces courses se faisaient en famille. Je ne sais pas si je me rends compte aujourd’hui de la puissance de ce besoin en moi alors que je traversais une adolescence guère épanouie.

Le temps passant, j’ai continué à m’acheter des couches, à ma taille cette fois-ci, mais aussi des biberons pour goûter le plaisir d’une hydratation blotti dans la chaleur de mon lit, des tétines, bavoirs… et nounours. Je trouve que ces accessoires apportent un gros plus dans ma manière de vivre mes fantasmes ABDL, ils sont caractéristiques de l’enfance et facilitent l’entrée dans cet univers après des occupations d’adulte, comme une journée de travail. En revanche, je ne juge pas forcément nécessaire le fait d’investir dans du mobilier comme une table à langer, un lit à barreaux, qui relèvent à mon sens d’un certain folklore. Peut-être évoluerai-je un jour sur ce point, mais aujourd’hui, c’est ainsi.

En m’écartant un peu de la question, tout en y restant lié, je dirais que l’acte d’achat d’articles de puériculture et couches, en pharmacie et autres boutiques dédiées, fait partie intégrante de ce fantasme. En effet, il était, au moins au début, délicieusement humiliant, honteux, de regarder le vendeur ou la vendeuse, droit dans les yeux, tout en me demandant s’il ou elle a compris que c’était pour moi. Vous me direz, alors que j’aurais très bien l’apparence du jeune papa en âge de m’équiper en tétines, biberons, et autres, pour mon enfant venant de naître, rien ne permet à la personne en face de moi de se douter de quoi que ce soit. Mais il n’empêche, ceci apporte une excitation teintée de honte qui ne me laisse pas insensible. Pour ce qui est de l’achat de couches de taille adulte, j’ai en revanche le souvenir d’avoir longtemps, et à de nombreuses reprises, bafouillé, en boutique de matériel médical ou pharmacie, alors que je me contentais de donner la référence que je souhaitais. L’esprit est plein de barrières que nous nous mettons à nous-mêmes, mais que voulez-vous, ce passage auquel je m’oblige, que je percevais comme humiliant, m’apporte en fin de compte un certain plaisir. Masochiste, à n’en point douter.  

Comment vivez-vous la transition pour retourner dans "la vie réelle" ?

Redevenir adulte est une étape obligée, plus qu’un plaisir. J’essaye conclure une session ABDL seul ou à deux par une mise au lit, une sieste, un dodo, et ceci afin de me réveiller ensuite dans un état adulte « neutre ». La transition se fait à mon sens plus naturellement. J’aime qu’une séance avec une nounou se conclue par ma mise au dodo. Cela permet également d’apporter pleinement la dimension apaisée, détendue, toute douce, que je recherche dans un moment ABDL. Par exemple, Nounou me met au dodo, me change ma couche, me borde, me donne ma tétine, me fait un câlin, des bisous, me lit une histoire avec une petite voix toute douce et je m’endors comme un (vrai) bébé… 

Ce passage peut tout aussi bien se faire à travers la fin d’un repas de bébé (biberon, petits pots, compotes…), à l’heure de jeter à la poubelle ses déchets, comme cela se passe pour la fin de tout repas, de petit ou grand, ou même par la fin du visionnage d’un dessin animé ou autre film d’animation régressif. 

Cette pratique a-t'elle une influence sur vos relations sociales ?

Je ne dirais pas que cette pratique a une influence sur mes relations sociales, non. En revanche, qu’elle s’inscrive pleinement dans ma personnalité sensible, émotive, affectueuse, câline, joueuse, oui certainement. Pour vous situer un peu qui je suis, j’ai un travail (très) sérieux au sein de la fonction publique, pour lequel j’assume un certain de nombre de responsabilités, mon propre appartement, des amis divers et variés avec qui je bois des verres, fais des soirées, raclettes et autres, du théâtre, de la musique, (…), et nul ne se doute, à mon humble avis, de cette part de moi-même, qu’on peut aisément qualifier de taboue. Je pense au contraire que la personne que je donne à voir est une sorte de Monsieur Toutlemonde, croisant chaque jour des millions, peut-être, d’autres personnes dans la plus grande ville de France… J’aime rigoler, l’humour, l’hédonisme, les bons mots, et pense aussi avoir une certaine personnalité, tout comme de l’aisance relationnelle. Pour l’avoir beaucoup entendu, j’ai, parmi mon entourage, l’image d’un artiste, à ses heures perdues, assez épanoui. A une chose près, peut-être, l’Amour.

Le point qui pourrait se rapprocher du sens de votre question, tiendrait au sujet sentimental, amoureux. Je me suis toujours senti attiré par les femmes dotées d’une autorité naturelle, d’un caractère affirmé, qui dictent les règles avec rigueur, parfois sévèrement, parfois plus tendrement, comme une main de fer dans un gant de velours, en fonction des circonstances. Je ne peux m’empêcher de réprimer un petit pincement au cœur, ému, à la pensée de ces jeunes femmes qui étudient à l’université les journées de semaine, et s’en vont, à la nuit tombée, dorloter, pouponner, les bout’chous de parents enfin libérés du fardeau des caprices et pleurs, le temps d’une soirée, la première sortie en amoureux depuis la nuit des temps, et la dernière avant le bout d’un futur incertain.  

Aussi, je crois utile de vous parler d’un état de gêne certain qui me gagne, dans des circonstances très précises. Par exemple, si nous tombons, avec d’autres personnes, à la télévision, sur une publicité pour des couches culottes de bébés, je vais avoir une peur immédiate de voir mon secret percé à jour, et imaginer tous les regards se porter sur moi, inquisiteurs. Alors, je reste dans ces moments, le plus indifférent possible. Pareil, il m’est longtemps arrivé, dans les supermarchés, d’éviter de marcher dans les allées où étaient entreposés les paquets de couches pour bébés et/ou adultes, de peur, à nouveau, d’être repéré dans ce que j’avais de plus intime. Vous me direz, c’est absolument irrationnel, mais ma perception de ces choses m’a conduit à une certaine paranoïa en la matière.  

Enfin, vous l’avez déjà remarqué, accepter ces fantasmes, est quelque chose qui fait de moi une personne extrêmement ouverte d’esprit, et donc très ouvert à tous types de discussions.

Cette pratique représente-t'elle un réel attrait sexuel ou est-ce un jeu consenti (sans envie sexuelle) ?

Au regard du début de ma vie, accompagnée de cet attrait pour l’ABDL depuis très tôt, je ne peux dissocier cette pratique d’une dimension sexuelle. Dire que j’ai d’une certaine manière érotisé quelques objets qui m’étaient familiers jeune enfant, comme les couches, ne me parait pas exagéré. Enfant, puis adolescent, j’ai, comme dit précédemment, souffert, pour différentes raisons, d’un déficit d’image de moi, mais aussi de rejet, de solitude, de moqueries, qui m’ont enfermé dans ce besoin d’être sans cesse toujours plus rassuré, aimé. Durant l’adolescence, alors que se manifeste consciemment une sexualité qu’on a déjà commencé à construire depuis tout petit, ce besoin de douceur et d’affectation m’est apparu clairement associé à une certaine excitation sexuelle, ou tout simplement, à ce qui correspond au plaisir. La référence de ce qui m’aurait fait du bien à cet âge ingrat, à savoir être aimé, être au centre de l’attention, c’était ce que j’avais connu bébé, au moins en avais-je des souvenirs inconscients.

Je fais aussi un rapprochement avec mon attrait pour la soumission au sens large. L’univers ABDL revêt dans mon esprit tout un tas de contraintes comparables, avec un peu d’imagination, au BDSM classique. Lorsque je me suis assis, enfant, dans mon ancienne poussette de bébé, et attaché, j’y vois les prémices d’envies adultes qui sont les miennes aujourd’hui, dans le domaine du bondage, et de l’immobilisation au moyen de menottes ou autres accessoires s’en rapprochant. Pour revenir sur la question sexuelle propre, si je vous ai expliqué que j’associais la pratique ABDL à de la sexualité, vous aurez bien compris que celle-ci s’exprime néanmoins dans un certain déni d’elle-même. Assez paradoxal, je le reconnais. En effet, il est mécaniquement impossible de laisser s’exprimer librement une érection dans la prison ouatée d’une couche, encore d’avoir un rapport sexuel classique avec pénétration. J’aime cette frustration correspondant à l’excitation sexuelle contrée par la sévérité d’une partenaire inflexible sur le port de la couche, ou par la présence de cette épaisseur à l’entrejambe que je m’impose moi-même.

Pour mélanger les cartes, je pense pouvoir dire que j’associe assez clairement l’univers ABDL à des pratiques BDSM sans rapport direct avec les bébés adultes. La couche est ici assimilable à la pratique de la chasteté, alors qu’internet voit fleurir ici et là des articles sur la popularité grandissante de la Chasteté Masculine Contrôlée, et des cages de chasteté emprisonnant les pénis des Messieurs, tandis que Mesdames gardent avec attention les clés des cadenas. Enfin, l’état de dépendance cérébrale d’un bébé adulte vis-à-vis de sa nounou peut se rapprocher des rapports BDSM basés sur le moneyslavering notamment, où une personne se place volontairement sous la tutelle financière d’une autre sur la question de la gestion financière. Nous pourrions trouver nombre d’exemples et similitudes de ce style.

Il va sans dire que dans mon esprit, parvenir à ce niveau de complicité, de compatibilité sexuelle, constituerait d’une sorte d’eldorado, auquel, j’en suis conscient, peu de femmes, peu d’hommes de cette terre, parviendront un jour au cours de leur vie. Une telle relation BDSM, basée sur une confiance sans limite, aussi effrayante soit-elle, n’est-elle pas en même temps le stade le plus abouti de la relation amoureuse ? C’est une vaste question, et cela supposerait que tous ceux vivant des relations « vanilles » ne se feraient pas confiance et resteraient dans la superficialité. Je ne me permettrai pas de jeter l’opprobre sur telle quantité de couples amoureux à qui je souhaite le bonheur jusqu’à ce que mort s’en suive...   

En parallèle au fantasme et de la pratique ABDL, et plus globalement de la soumission BDSM car je fais certains liens entre les deux, j’ai développé depuis mes plus jeunes années, une personnalité gynarchiste, où la femme « excitante » a, dans mon esprit, a un rôle décisionnaire, une image de guide, de chef, de l’exemple à suivre, bienveillante, maternante, pourrais-je dire dans ce cas précis, et autoritaire pour le seul et unique bien de chacun. J’entretiens cette suprématie de la femme depuis ma plus tendre enfance, et l’assimilais à l’époque à une « nurse protectrice ». Elle a conservé à présent une place de choix, occupant aujourd’hui, en plus de celle d’une Dominante dans ma vision de l’ABDL, le rôle de Maîtresse dans un environnement plus BDSM.  

Sexuellement parlant, la sacro-sainte pénétration, marquant au fer rouge la prétendue domination de l’homme sur l’espèce humaine, ne m’a jamais vraiment attiré. Il y a quelque chose, d’une certaine manière, d’irrespectueux dans cet acte. Je fais un lien entre cette absence de désir de pénétration d’une femme et mes fantasmes ABDL voire indirectement BDSM : cette pénétration est de toute façon rendue symboliquement interdite par, dans un cas la couche, dans l’autre cas la cage de chasteté. Cette dimension « contrainte » fait partie intégrante de mon excitation sexuelle, c’est au moins mon analyse, même si je n’ai peut-être pas l’objectivité d’un regard extérieur. Je me sens éminemment plus à l’aise avec l’usage de ma langue, notamment en offrant des cunnilingus, à titre de comparaison.    

Pourriez-vous nous décrire une séance-type ou une séance que vous aimeriez vivre ?

Je vais vous raconter une séance vécue dernièrement avec une Nounou, elle a duré environ deux heures. Nous avions convenu préalablement de la durée de la séance, de l’âge qui serait le mien, de l’ambiance recherchée et du type d’activités que nous ferions. Dans les grandes lignes, j’avais donc 2 ans, étais en apprentissage de la propreté mais malgré tout langé, enfin je serais un petit garçon à qui sa nounou essaierait d’apprendre les couleurs, les parties du corps, quelques petits mots simples, et à dessiner. Globalement.

Cela s’est déroulé ainsi. Je suis allé retrouver ma Nounou a l’arrêt de bus le plus proche de chez moi, afin de discuter ensemble le temps du trajet jusqu’à mon logement, et ainsi tout de suite se sentir à l’aise, complices, préalable indispensable pour pleinement profiter de ce qui suivra. Conformément à ce qui nous avions convenu de faire pour débuter ces deux heures, je me suis assis devant mon piano et ai commencé à lui jouer quelques notes (oui la musique adoucit les mœurs, même chez les ABDL), avant que, tendrement mais fermement, elle ne vienne interrompre mon jeu en m’expliquant doucement, au creux de l’oreille, que ça n’était pas une activité pour les bébés. J’ai donc été prestement attrapé par le torse et allongé sur le dos, sur mon lit trônant juste à côté. S’en est suivi un prompt déshabillage, accompagné du sourire illuminant le visage de ma partenaire, puis une avalanche de chatouilles et gros poutous sur mon ventre, pour sceller le lien singulier qui allait nous unir cet après-midi. J’ai ensuite été mis en couche, « une tenue plus adaptée pour un bébé » , ai-je distraitement entendu, et me suis bien vite retrouvé emmailloté dans une change complet plus une couche droite, ensemble offrant une plus grosse épaisseur, et donc plus de plaisir.

Nous avons ensuite joué à m’apprendre différents mots et parties du corps, elle me demandant de toucher mon « p’ti bidon », mon bras, ma jambe, ma coucouche, ma tête, mon pied, tandis que je m’exécutais maladroitement, dans nos éclats de rire joints, profitant de ce précieux moment d’insouciance, d’innocence…  Nous avons aussi imité des cris d’animaux, m’offrant alors la possibilité d’exprimer le fruit de plusieurs années de pratique théâtrale… Je n’avais droit de me déplacer qu’à 4 pattes, et c’est ainsi que je me suis ensuite rendu à la table pour une séance de dessin et coloriage. J’ai vainement tenté de reproduire ce que faisait avec talent ma nounou, de beaux animaux, dont j’ai à nouveau eu du mal à réciter les noms, mais à deux ans, que voulez-vous, on est encore bien jeune, et tout déçu que j’étais, c’est dans ses encouragements, félicitations et câlins que j’ai retrouvé ma place de bébé choyé entre les bonnes mains de ma babysitter.

Autant d’énergie dépensée valait évidemment récompense, et c’est avec un bavoir autour du cou que j’ai avalé deux petits pots aux fruits donnés avec soin par ma protectrice, sans faire de tâche ailleurs que sur mon visage ou sur le bavoir prévu à cet effet. Un bibi de lait a complété ce repas frugal alors que je me retrouvais à nouveau allongé dans mon lit, ma partenaire de jeu me le donnant avec application, son regard aussi bienveillant que doux pénétrant le mien avec vigueur. Il était hors de question que bébé se déshydrate après un après-midi aussi agité.

La séance touchait à sa fin, et pour que bébé s’endorme, après avoir vérifié que je n’avais pas besoin d’être changé, ma nounou m’a lu des histoires pour jeunes enfants, après que je lui ai précisé ne pas vouloir d’histoires qui font peur pour éviter les cauchemars. J’avais heureusement ma tétine en bouche et mon doudou contre moi, ce qui me sécurisait. C’est au moment où je plongeais dans un profond  sommeil, que j’entendis, au loin, la porte de mon appartement claquer doucement, marquant la fin de ce moment hors du temps.

Cette séance s’est inscrite dans un contexte très tendre, doux, câlin, mais tout âge est « praticable », si je puis m’expliquer ainsi. Aussi, une séance axée sur la discipline, les punitions / récompenses, les lignes d’écritures, le scolaire, au sens large, peut également se révéler intéressante dans l’exploration des rapports ABDL, et age-play, dans mon esprit. La fessée est applicable à la fois en ABDL et BDSM pour ne citer que ça.    

Enfin, une chose très importante que je tiens à vous préciser, est que je n’envisage nullement de rapport sexuel avec une nounou lors d’une séance ABDL. Si le plaisir ressenti a quelque part un lien avec une excitation sexuelle, ce n’est absolument pas quelque chose que je recherche. 

Comment trouvez-vous des partenaire de jeux ?

Il y a une quantité infinie de possibilités de rencontrer des partenaires de jeux. Me concernant, je pense pouvoir dire que je recherche avant tout à construire un vrai rapport de confiance, une complicité, et vivre ces pratiques avec des personnes, féminines, qui pourraient représenter plus que de simples partenaires de jeux. Au moins de l’amitié, dans l’idéal de l’amour. Peut-être est-ce lié à ma personnalité sensible et romantique, j’ai un profond respect, et un vrai intérêt, pour la personne humaine, et je n’adhère pas à l’idée d’imposer mes fantasmes à des personnes qui se retrouveraient dans l’obligation de les réaliser, juste pour mon plaisir, et sans en prendre aucun de leur côté. J’ai eu la chance, lors de relations amoureuses passées, de trouver des oreilles attentives à ces confessions, et une ex petite amie, dont l’ouverture d’esprit, inespérée, était sensiblement égale à la mienne, avait partagé ce fantasme en me donner le biberon lors de câlins avant le dodo, par exemple. Je tiens à préciser que si cette relation a pris fin il y a quelques années maintenant, il ne s’agissait nullement de l’ABDL qui était en cause, mais d’une incompatibilité plus globale en termes de modes et projets de vie. Il va sans dire que la pratique ABDL, comme tout fantasme, n’est qu’une part de ma personnalité, et aussi présente soit-elle, elle n’est qu’une facette de l’homme que je suis au quotidien : responsable, sérieux, sociable, équilibré, au travail, en famille, avec mes amis, mais aussi soumis BDSM quand l’intimité s’y prête.   

Je n’ai jamais été adepte des plans d’un soir, quels qu’ils soient, et privilégie pleinement la découverte de l’autre, globalement. J’aime connaitre vraiment suffisamment une personne pour m’abandonner totalement dans des fantasmes et pratiques autour desquels on se retrouve tous les deux, et qui sont d’autant plus intéressants, profonds et sincères, qu’on a eu le temps de les aborder ensemble et en parler avant. 

Il y a une quantité infinie de possibilités de rencontrer des partenaires de jeux. Me concernant, je pense pouvoir dire que je recherche avant tout à construire un vrai rapport de confiance, une complicité, et vivre ces pratiques avec des personnes, féminines, qui pourraient représenter plus que de simples partenaires de jeux. Au moins de l’amitié, dans l’idéal de l’amour. Peut-être est-ce lié à ma personnalité sensible et romantique, j’ai un profond respect, et un vrai intérêt, pour la personne humaine, et je n’adhère pas à l’idée d’imposer mes fantasmes à des personnes qui se retrouveraient dans l’obligation de les réaliser, juste pour mon plaisir, et sans en prendre aucun de leur côté. J’ai eu la chance, lors de relations amoureuses passées, de trouver des oreilles attentives à ces confessions, et une ex petite amie, dont l’ouverture d’esprit, inespérée, était sensiblement égale à la mienne, avait partagé ce fantasme en me donner le biberon lors de câlins avant le dodo, par exemple. Je tiens à préciser que si cette relation a pris fin il y a quelques années maintenant, il ne s’agissait nullement de l’ABDL qui était en cause, mais d’une incompatibilité plus globale en termes de modes et projets de vie. Il va sans dire que la pratique ABDL, comme tout fantasme, n’est qu’une part de ma personnalité, et aussi présente soit-elle, elle n’est qu’une facette de l’homme que je suis au quotidien : responsable, sérieux, sociable, équilibré, au travail, en famille, avec mes amis, mais aussi soumis BDSM quand l’intimité s’y prête.   

Je n’ai jamais été adepte des plans d’un soir, quels qu’ils soient, et privilégie pleinement la découverte de l’autre, globalement. J’aime connaitre vraiment suffisamment une personne pour m’abandonner totalement dans des fantasmes et pratiques autour desquels on se retrouve tous les deux, et qui sont d’autant plus intéressants, profonds et sincères, qu’on a eu le temps de les aborder ensemble et en parler avant. 

Internet, que vous lectrices, lecteurs, connaissez au moins aussi bien que moi, regorge d’annonces de tous types, de forums, sites spécialisés, réseaux sociaux, et il est aisé de faire des rencontres thématiques selon les souhaits de chacun… Abkingdom est la référence en la matière, à mon sens.

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Si vous souhaitez contacter François, il est joignable à cette adresse mail : interview.francoisabdsm@gmail.com 

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